Pourquoi ce sujet est plus grave qu’il n’en a l’air
Dans beaucoup d’entreprises, on pense qu’une consultation va aider à clarifier le besoin.
C’est vrai à la marge, mais seulement si le besoin est déjà suffisamment structuré pour que les réponses soient comparables.
Sinon, ce qui se passe est très différent :
- chaque prestataire reconstruit le sujet à sa manière
- chacun répond avec son propre périmètre
- les hypothèses de départ diffèrent
- les livrables proposés ne sont pas les mêmes
- la charge côté client varie fortement
- le prix lui-même devient difficile à lire
Cela veut dire qu’un besoin mal défini ne produit pas simplement de moins bonnes réponses.
Il rend la comparaison structurellement plus fragile.
Et dans un projet industriel, logistique ou retail, cette fragilité se paie ensuite :
- en incompréhensions
- en écarts de périmètre
- en corrections tardives
- en renégociations
- en surcharge côté client
- parfois en choix mal calibré dès le départ
Ce qu’on appelle réellement un besoin mal défini
Un besoin mal défini n’est pas seulement un besoin mal écrit.
C’est un besoin dont plusieurs dimensions essentielles restent trop implicites au moment où l’on veut consulter.
En pratique, cela veut dire que l’entreprise ne peut pas encore répondre clairement à des questions pourtant simples :
- quel problème cherche-t-on exactement à traiter ?
- quel résultat attend-on réellement ?
- quel est le périmètre du sujet ?
- quelles contraintes doivent être intégrées ?
- qui est concerné ?
- quels livrables ou quel niveau d’intervention attend-on ?
- sur quels critères comparera-t-on les réponses ?
Autrement dit, le problème ne vient pas seulement d’un manque de formalisme.
Le problème vient d’un manque de structuration du sujet lui-même.
Les signes qu’un besoin est encore trop flou pour être consulté
Le sujet change selon l’interlocuteur
Quand plusieurs personnes internes expliquent la consultation à venir, mais ne décrivent pas exactement le même besoin, le signal est très fort.
L’un parle d’un problème d’outil. L’autre parle d’un problème de fluidité. Un troisième parle de suivi, de traçabilité ou de méthode.
Dans ce cas, la consultation ne part pas d’un besoin partagé.
Elle part d’un agrégat de lectures partielles.
La solution est déjà au centre, avant même que le besoin soit stabilisé
Le sujet est parfois déjà formulé comme :
- il nous faut un outil
- il faut un prestataire
- il faut une solution
- il faut digitaliser
- il faut automatiser
Or cette formulation inverse l’ordre des choses.
Le périmètre n’est pas réellement posé
On veut consulter, mais on ne sait pas encore clairement :
- quelles équipes sont concernées
- quelles étapes sont incluses
- ce qui relève d’une première phase
- ce qui reste hors sujet
Dans cette configuration, deux prestataires peuvent paraître répondre à la même demande alors qu’ils n’interviennent pas du tout sur le même objet.
Les attendus ne sont pas explicites
Que demande-t-on exactement ?
- un diagnostic ?
- un cadrage ?
- une recommandation ?
- un cahier des charges ?
- une mise en œuvre ?
- un accompagnement de bout en bout ?
Si ce point n’est pas clair, les réponses seront forcément hétérogènes.
Les critères de comparaison n’existent pas encore
C’est un signe fort.
Quand l’entreprise ne sait pas encore sur quels critères elle choisira, cela veut dire qu’elle n’a pas encore suffisamment clarifié ce qui compte vraiment dans la réponse.
Pourquoi les prestataires ne peuvent pas corriger ce problème à votre place
C’est une illusion très répandue.
On pense parfois : consultons, nous verrons bien ce qui ressort.
Cette logique peut sembler pragmatique.
En réalité, elle transfère vers le marché une ambiguïté qui devrait être traitée en amont.
Chaque prestataire reconstruit alors le besoin selon :
- sa compréhension
- son offre
- sa méthode
- ses références
- son modèle économique
- ses hypothèses implicites
Le résultat n’est pas neutre :
- l’un répondra très large
- l’autre très serré
- l’un intégrera du cadrage
- l’autre supposera que tout est déjà cadré
- l’un inclura du pilotage
- l’autre le laissera entièrement au client
Ce n’est pas un défaut des prestataires.
C’est la conséquence normale d’un besoin encore trop ouvert.
Ce qu’un besoin mal défini produit dans la consultation
Les effets sont presque toujours les mêmes.
Des offres difficilement comparables
Les réponses parlent du même sujet en apparence, mais :
- pas du même périmètre
- pas du même niveau d’intervention
- pas du même niveau de responsabilité
- pas des mêmes hypothèses de départ
Un prix trompeur
Le prix devient très difficile à interpréter.
Pourquoi ?
Parce qu’il ne porte plus sur la même chose.
Une charge interne mal anticipée
Quand le besoin est mal défini, une partie de la charge réelle est souvent transférée implicitement vers l’entreprise :
- préparation
- coordination
- données
- arbitrages
- conduite du changement
- pilotage
Des arbitrages tardifs
Ce qui aurait dû être clarifié avant consultation réapparaît ensuite :
- en fait, on veut aussi…
- ce point n’était pas compris comme ça
- ce périmètre-là devait être inclus
- nous pensions que c’était prévu
Une décision plus fragile
La décision finale repose alors moins sur une base structurée que sur :
- l’impression générale
- la confiance perçue
- le niveau de confort dans l’échange
- une lecture approximative du prix
Pourquoi ce problème apparaît souvent en PME industrielle
Dans une PME industrielle, ce problème est fréquent pour plusieurs raisons.
D’abord, le sujet est souvent bien connu en interne, mais mal formalisé.
Le fonctionnement réel est dans les têtes. Les irritants sont connus. Les effets sont visibles.
Mais leur traduction en besoin structuré n’a pas encore été faite.
Ensuite, les projets sont souvent transverses.
Le même sujet touche :
- opérations
- méthodes
- support
- qualité
- logistique
- administratif
- parfois outil ou SI
Cette transversalité rend la formulation du besoin plus exigeante.
Enfin, la pression à avancer est souvent forte.
Quand le sujet pèse déjà sur le quotidien, la tentation est grande de consulter vite pour gagner du temps.
Mais si le besoin n’est pas prêt, cette accélération fait souvent perdre du temps ensuite.
Ce qu’il faut clarifier avant consultation
Avant de consulter, plusieurs dimensions doivent être suffisamment posées.
Le problème traité
Quel est le sujet exact ? Pas son habillage, pas sa traduction en solution. Le problème réel.
L’objectif
Que veut-on obtenir ? Quel résultat attend-on ?
Le périmètre
Qu’est-ce qui entre ? Qu’est-ce qui n’entre pas ?
Les contraintes
Calendrier, charge interne, budget, environnement existant, dépendances, déploiement.
Les parties prenantes
Qui décide ? Qui utilise ? Qui sera impacté ? Qui devra être mobilisé ?
Les attendus de réponse
Que demande-t-on au prestataire :
- compréhension
- méthode
- livrables
- organisation de mission
- planning
- hypothèses
- accompagnement
Les critères de choix
Sur quoi la réponse sera-t-elle jugée :
- compréhension du besoin
- couverture du périmètre
- faisabilité
- méthode
- équipe
- coût global
- charge côté client
Ce qu’il ne faut pas faire
Plusieurs erreurs reviennent systématiquement.
Consulter pour clarifier à la place du cadrage
C’est la plus fréquente.
Croire qu’un cahier des charges compensera un besoin mal pensé
Un document plus long n’améliore pas automatiquement la qualité de définition du besoin.
Définir les critères après avoir reçu les offres
C’est une faiblesse majeure.
Chercher à aller vite sur un sujet encore instable
Cela crée ensuite :
- plus d’allers-retours
- plus de corrections
- plus de charge
- plus de renégociations
Mélanger consultation, exploration et décision
Si l’on veut à la fois découvrir le marché, préciser le besoin, comparer des solutions et décider, sans distinguer ces étapes, la consultation devient vite confuse.
Ce qu’une intervention utile permet
Quand le besoin est encore mal défini avant consultation, l’objectif n’est pas de produire encore un document.
L’objectif est de rendre la consultation :
- plus lisible
- plus comparable
- plus défendable
- plus utile
Cela passe généralement par :
- la reformulation du besoin réel
- la clarification de l’objectif
- la définition du bon périmètre
- l’explicitation des contraintes
- la structuration des attendus
- la préparation des critères de comparaison
Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de préparer un appel à propositions.
Il s’agit de remettre la décision sur une base suffisamment solide pour qu’elle ait du sens.
Comment savoir si vous êtes concerné
Le sujet mérite généralement un vrai travail de structuration avant consultation si plusieurs réponses à ces questions sont oui :
- le besoin change encore selon les interlocuteurs
- la solution est déjà évoquée alors que le problème reste flou
- le périmètre n’est pas complètement stabilisé
- les attendus de réponse ne sont pas vraiment posés
- les critères de choix ne sont pas encore définis
- vous pensez que la consultation aidera à clarifier ce qui n’a pas encore été travaillé
- vous sentez que les offres risquent d’être difficiles à comparer
Si c’est le cas, le sujet n’est probablement pas encore une consultation prête.
C’est encore un sujet de cadrage.
En résumé
Un besoin mal défini avant consultation fragilise toute la suite.
Il produit :
- des offres hétérogènes
- des écarts de périmètre
- des prix difficiles à lire
- des critères flous
- des arbitrages tardifs
- une décision moins solide
Le bon réflexe n’est donc pas de consulter plus vite.
Le bon réflexe est souvent de mieux structurer le besoin avant consultation :
- clarifier le problème
- poser l’objectif
- définir le périmètre
- rendre visibles les contraintes
- expliciter les attendus
- préparer les critères de choix
C’est cette qualité amont qui rend ensuite la consultation réellement utile.
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